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Entretien du Secrétariat Permanent du Réseau Réussir la Décentralisation sur certains aspects de la décentralisation avec M. Oumarou Ann.
Le secrétariat permanent a eu un entretien avec le Maire de Konobougou, M. Oumarou Ann, dans la région de Ségou sur certains aspects de la décentralisation. Nous vous livrons le contenu de l’entretien
SP : Monsieur le Maire veuillez vous présenter
OA : Je suis M. Oumarou Ann, maire de la commune rurale de Konobougou située à 160 km de Bamako avec 44 villages. Les activités de la collectivité, c’est l’agropastoralisme. Les ressources de la collectivité proviennent en majeure partie de la TDRL. On vient de commencer avec la gestion rentable des foires avec le PACT/coopération allemande. Le marché à bétail c’est un peu une présentation sommaire. La collectivité aux 44 villages n’est pas encore jumelée. Dans le cadre de la coopération décentralisée, on n’a pas de partenariat avec une Commune de l’intérieur ou de l’extérieur. La décentralisation, elle est très salutaire, vu les réalisations ; certes, il y a des insuffisances, mais il faut reconnaître qu’il y a de grandes avancées à l’actif de tout le processus, en l’occurrence, l’administration, les collectivités et les populations.
SP : Nous venons de faire un atelier sur le transfert de compétences en éducation, quel est votre point de vue sur le processus ?
OA : Tout début est difficile. Comme je l’ai dit, il y a des avancées, mais beaucoup reste à faire il faut le reconnaître.
SP : Quelles sont ces avancées ?
OA : Parmi les avancées, les communes sont en train de construire les salles de classe, il y a des communes qui sont en train de recruter les enseignants, les plantons au niveau des écoles, même la prise en charge de certains besoins des écoles dans la mesure des possibilités de la collectivité, de l’enveloppe budgétaire. Dans la région de Ségou, les équipements sont en phase de dévolution. On a recensé ceux qui sont en bon état et qui doivent appartenir à la collectivité. Les grandes difficultés qu’on rencontre, c’est d’ordre communicationnel. Certains services techniques ne reconnaissent vraiment pas la collectivité en tant que propriétaire des écoles fondamentales. Il y a souvent des oppositions entre certains directeurs. Cela peut être politique. Une fois que le maire est élu, il est là pour tous les hommes politiques, et
toute la société.
SP : Quelles sont les solutions par rapport à ce problème ?
OA : je prends un cas simple, le recrutement. Cette année, bien qu’il y ait des documents administratifs, je veux dire des textes, nous, on n’a pas participé
aux collectes des dossiers. Le CAP a pris les dossiers, ils avaient associé le conseil de cercle. Au niveau de la proclamation des résultats, la commission créée, nous avons été invité, à notre arrivée on a dit ce qui n’a pas marché eux aussi ont promis de changer dans l’avenir. Ce que nous nous avons comme solution, c’est vraiment renforcer la communication. Ce qu’on voit selon les textes disponibles, on essaie de rapprocher les partenaires, on n’attend pas toujours qu’ils viennent à nous.
Souvent on se lève, on va vers eux, ce qu’on a pas compris, on cherche à comprendre, à voir plus clair, c’est pour vraiment le développement parce que une collectivité n’a de sens qu’en évoluant dans ce développement là.
SP : Pouvez vous nous présenter le taux de scolarisation de la région et surtout celui de Konobougou, la situation des garçons et des filles ?
OA : Notre cercle est un des cercles où la culture retenait un peu les jeunes filles. Ces dernières années, Dieu merci à travers les différentes sensibilisations, le recrutement paritaire, beaucoup de filles sont en train de venir à l’école. Ce sont là les effets de la sensibilisation et même l’application de la loi d’orientation. En réalité, ces écoles sont construites si on peut se permettre de le dire, en retard, il y avait beaucoup d’enfants qui attendaient.
Certains directeurs avaient une réticence à recruter des enfants de 6 ans. Aujourd’hui j’avoue que c’est une réalité de chez nous. En ce qui concerne le taux de recrutement, le pourcentage, je ne les détiens pas en réalité , mais c’est des documents qui sont
disponibles lors de l’élaboration des PDCOM (Programme de Développement communal). J’ai participé à ces ateliers, nous avons tous ces taux là dans des documents. Mais je suis sûr que vraiment la tendance est en train d’être renversée. Il y a beaucoup de filles qui viennent à l’école et on est en train même d’instaurer des mesures incitatives.
Par exemple dans la zone de Sanando, il y a les cantines, ailleurs il y a la multiplication des écoles communautaires. Même par rapport aux incitations des filles, la Mairie a l’habitude de donner des cadeaux aux filles qui parvenaient à occuper un certain rang, cela pour inciter davantage les parents à envoyer les filles à l’école.
SP : Et les cas de déperditions ?
OA : Les déperditions, même là, la sensibilisation continue. L’argument des parents qui sont à la source de ces déperditions, c’est la pauvreté. C’est facile de dire je suis pauvre mais en réalité est ce qu’on va continuer à alimenter cette pauvreté ? le fait de ne pas envoyer les enfants à l’école, c’est comme si on avait souhaité à l’enfant, de demeurer comme son parent. On est en train de renforcer la sensibilisation, c’est difficile. J’ai même l’habitude d’interpeller certains parents pour avoir envoyé les enfants à Bamako ici qui sont venus les chercher et les remettre à l’école au village. Il faut reconnaître que c’est difficile, c’est un début, les gens sont en train de comprendre.
SP : La décentralisation suppose l’implication de tous les acteurs. Au niveau de votre cercle, quel est le degré de participation des femmes ?
OA : Chaque milieu a ses réalités. Si on essaie de voir l’élaboration des documents clés comme les PDSC, les budgets. Dans les assemblées populaires, pour pouvoir intégrer les points de vue des femmes là dedans, nous, on organise souvent, des assemblées niveau hommes et des assemblées niveau femmes. Chez les femmes, on s’arrange à amener des conseillères pour pouvoir communiquer avec les femmes, faciliter beaucoup de choses. Ou encore dans une équipe de femmes, s’il y a un seul homme, il va de soi que les uns et les autres s’investissent, ils donnent leur point de vue. On ne les cumule pas, parce qu’en les cumulant, le plus généralement certaines femmes même qu’elles aient des positions, des informations très pertinentes pour l’avancée de la localité se retiennent. Quand on a constaté ces choses, c’est la stratégie qu’on a adopté, tenir séparément les assemblées des hommes et des femmes.
SP : Parlez-nous un peu de la collaboration entre la mairie et les autres acteurs.
OA : Chez nous par exemple, au niveau du bureau communal, nous faisons des briefings chaque vendredi. J’ai essayé d’instituer au niveau du conseil, une réunion mensuelle indépendamment des réunions statutaires de sessions . Quand on invite, les sessions sont publiques généralement, les gens ne viennent pas.
SP : Pourquoi ?
OA : La fonction bénévole, je crois que c’est le degré de compréhension de la chose même qui coûte un peu plus chère. Il y a certains qui pensent que tout ce qui est en train d’être fait, c’est pour l’élu en question. Donc, il y a des efforts à faire à ce niveau. Mais là où nous sommes, tout ce qu’on peu dire, il s’agit de renforcer la communication à tous les niveaux. Créer d’autres cadres de concertation, même s’il faut préparer des restitutions. Par exemple, j’ai une expérience que je viens de lancer il n’y a pas très longtemps, quand on invite les chefs de village et les conseillers le plus généralement, c’est les hommes qui viennent. Sur mes invitations, je spécifie « dont une femme ». donc les femmes sont en train de venir dans les rencontres bien qu’elles interviennent très peu ça il faut le reconnaître. On est en train de les intégrer comme ça.
On projette de faire des restitutions, de sessions, une fois la session tenue, un mois après, on essaie d’aller sur terrain. Nous avons cinq secteurs de développement, ça c’est spécifique à la Commune de Konobougou, on va sortir pour aller là-bas, tenir des assemblées pour leur faire comprendre, pour limiter les dégâts, essayer de renforcer la communication entre tous les acteurs. Il faut reconnaître que c’est difficile parce que tout le monde pense que étant sur place, je dois avoir toutes les informations. Les gens ne savent pas que la communication étant transversale, je n’ai pas une information sur la vie de ma collectivité, je peux aller la chercher.
SP : Avez-vous des difficultés avec les chefs de villages ?
OA : Avec les chefs de village, Dieu merci aujourd’hui ça va. Après notre investiture en 2004, j’avais un vieux administrateur, j’avoue que ça n’a pas été facile, appeler un conseil de village pour les pousser à l’incivisme ou encore au refus de collecte des TDRL. Il a même eu à dire à ces gens que les maires sont élus les conseillers de village seront élus, s’ils ne font pas attention, ils vont se faire renier par la communauté donc, ils vont perdre leur crédibilité. Quand j’ai appris ça, j’ai fait exprès, j’ai essayé de recenser les réalisations que ça soit financement ANICT et même les réalisations propres de la collectivité, de lister ça, les avancer dans l’exécution du budget, tenir des assemblées dans le même village, contredire tout ce qu’il avait dit et même dire que dans la légalité, c’est pas un maire qui doit recouvrer. C’est au percepteur. Tout le monde le sait, les documents sont clairs. Une fois les rôles élaborés ; on doit les remettre au percepteur qui doit descendre sur terrain et là ce serait avec des forces de répression, ça va humilier les gens, ça va faire beaucoup de révoltés. Voilà pourquoi, nous sommes en train de nous immiscer pour éviter certaines choses. L’année suivante, quand il est parti à la retraite, le nouveau qui est arrivé, on a eu la TDRL de l’année en cours et même les arriérés. Souvent la difficulté même se situe au niveau des représentants de l’Etat, niveau interne. C’est ce qui nous crée des problèmes.
Certains administrateurs sur place, ne nous facilitent pas la vie. Au lieu de se compléter,
souvent, on veut t’induire dans l’erreur même pour pouvoir te chanter. On a l’impression de voir des adversaires devant nous au lieu des coéquipiers. Or la décentralisation ne veut pas dire, les collectivités à part, l’Etat à part. Cette décentralisation c’est un tout, tout le monde est dans le même bateau. L’ Etat a voulu céder certaines parties de ces responsabilités pour rapprocher l’ administration des administrés, voilà pourquoi les communes sont crées. Toujours nous avons la même constitution, l’intégrité du territoire, les missions régaliennes de l’Etat ne peuvent pas disparaître.
Même là, le fonctionnement c’est toujours l’Etat, les fonds sont logés au niveau de la perception, il faut produire des pièces administratives pour pouvoir les utiliser.
SP : La mobilisation des ressources, c’est comment ?
OA : Bon il faut reconnaître que c’est timide. Chez nous la ressource principale c’est la TDRL. Après la TDRL avec le PACT, nous avons organisé nos marchands en des filières ensuite nous avons mis sur place un comité de gestion à qui on a délégué la
gestion de la foire, il y a eu la création d’une association de nettoyage pour pouvoir assainir le marché et l’entourage qui étaient vraiment sales pendant un bon moment.
Dieu merci ce sont des avancées qui font rentrer de l’argent, ce sont des usagers eux-mêmes qui sont en comité et qui sont en train de gérer et, les places sont balayées deux fois dans la semaine. La foire c’est la seule journée de dimanche, ça fait rentrer un peu d’argent.
Ensuite, il y a le marché à bétail un équipement construit sur fonds ANICT par la Commune, il y a aussi d’autres fonds, les impôts. C’est surtout ça qui est insignifiant. Il y a les taxes d’abattage qu’on perçoit aussi à travers le service vétérinaire de la place. Il y a une taxe malheureusement pour nous notre abattoir n’est pas une structure sanitaire, nous sommes en train de réfléchir, c’est dans nos prévisions malheureusement on a pas de partenaire pour prendre cette charge.
SP : Merci M. le Maire
La Toile du Réseau Réussir la Décentralisation / Partenariat "Initiatives Mali" Axe Formation
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