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Causes et conséquences de la déforestation. Comportements et pratiques des populations pour la protection des forêts du Mali.
Le Ministre de l’Environnement Nancouman Kéïta invite les populations à s’impliquer davantage dans la protection de la nature.
Estimées dans tout le pays à une centaine, dont une dizaine autour de Bamako, les forêts classées constituent une richesse importante pour le Mali. Cependant, nombreuses sont celles qui sont aujourd’hui dévastées par les feux de brousse, les pratiques agricoles illégales, les pratiques pastorales et l’exploitation des arbres. La forêt classée de Morila en est une illustration pertinente.
Pour sensibiliser les populations sur la nécessité de protéger les forêts naturelles et classées, Nancouman Kéïta, Ministre de l’Environnement, a effectué, du 5 au 6 janvier dernier, une visite dans les régions de Koulikoro et Sikasso afin d’échanger avec les populations pour en assurer une meilleure gestion.
Accompagné de Félix Dakoué, Directeur national de la conservation de la nature et de quelques conseillers du département de l’environnement, Nancouman Kéïta a ciblé un certain nombre de villages des régions de Koulikoro et Sikasso. Il s’agit, entre autres, de Kignan, Tella, N’Tikouna, Dioïla, Kola. A toutes les étapes, il a appelé les populations à léguer les forêts aux nouvelles générations.
Le cercle de Sikasso fournit plus de la moitié des ressources forestières de notre pays. Il couvre 15 375 kilomètres carrés sur lesquels vivent 559 226 âmes et compte cinq forêts classées et deux périmètres de protection de 28 688 hectares. Ce chiffre représente 0,19% du territoire du cercle. Ce pourcentage est insignifiant au regard des normes internationales requises pour la sécurité écologique d’un terroir donné juge Abdoulaye Kanté, le Directeur régional de la conservation de la nature. Ces normes fixent, en effet, à 10% la superficie à classer, soit plus de 1,5 millions d’hectares pour le cercle de Sikasso. A cet handicap s’ajoute aujourd’hui la forte pression exercée par les activités agro-pastorales qui mettent en péril l’existence des forêts classées.
A Kignan, une commune rurale du cercle de Sikasso, la forêt classée de Boukarila, communément appelée Morila-Bougoula est arrosée par deux grandes rivières et un marigot. Elle se situe au carrefour de 7 communes du cercle et couvre 13 280 hectares.
A Tella, deuxième étape de sa visite après Kignan, le Ministre s’est appesanti sur l’occupation anarchique de la forêt classée de Morila, située à 35 Km de Kignan. Jadis riche en faune et en flore, elle est aujourd’hui investie anarchiquement par 58 hameaux de cotonculteurs qui pratiquent l’agriculture intensive itinérante sur brûlis. Chaque année, ils abattent des centaines de troncs d’arbre sans aucune politique de reboisement.
A Tella, le chasseur Madou Bagayogo est désespéré. "Auparavant, confie cet ami et connaisseur de la nature, de grands mammifères peuplaient cette forêt. De nombreuses espèces d’oiseaux et de petit gibier y habitaient", se souvient-il en évoquant avec nostalgie la forêt luxuriante qu’il parcourait dans sa jeunesse. La dégradation du couvert végétal est le résultat de l’action de l’homme, diagnostique le chasseur.
La cotonculture et, d’une manière générale, l’action de l’homme sont les principaux facteurs de dégradation de la forêt de Tella. En effet, les services régionaux de la conservation de la nature estiment à 582 ha, la surface cultivée dans la forêt, soit 4,5% de sa superficie. Ces terres appartiennent à 58 hameaux de culture. Le cheptel des sédentaires, toutes espèces confondues, est estimé à 3378 têtes. Les troupeaux transhumants en provenance de Koutiala, Dioïla et Ségou et ceux des villages riverains séjournent aussi dans la forêt. La couronne de la dévastation revient aux feux de brousse.
A Ntjikounani, dans la commune rurale de NKourala l’actualité concerne d’une part l’adoption d’une convention locale dans la gestion participative de l’environnement et d’autre part la vente illicite du bois.
A Dioïla, la délégation a visité des espaces verts aménagés par les autorités communales et des espaces reboisés par le service de la conservation de la nature.
Le ministre de l’Environnement a aussi rencontré deux associations de femmes qui s’occupent de jardinage. Dans les échanges, les responsables des deux regroupements ont évoqué leurs difficultés : problèmes d’eau, d’insecticides, de traitement des produits, manque de semences.
Appuyées par l’administration locale, ces femmes exploitent des lopins mis à leur disposition par le maire. Maïmouna Sanogo, membre de "Benkola", indique que cette association finance ses activités à l’aide d’un système de tontine. Ses membres produisent des légumes sur 1,5 ha pour approvisionner le marché local, en dépit du manque d’eau. Cet handicap est paradoxal dans un cercle arrosé par le fleuve Bani et plusieurs marigots. La gestion de l’eau reste une donnée essentielle.
L’association "Balimaya" est performante. Mme Simpara Mah Simpara qui la préside indique que l’entreprise milite pour la protection de l’environnement. Les femmes de "Balimaya", encadrées par l’ONG Système intégré de production durable (SPID), font du maraîchage et pratiquent la teinture, la savonnerie, l’huilerie et l’agro-alimentaire. Les paysannes associées expérimentent sur place les notions reçues en séminaire de formation. Les intrants sont fabriqués sur place, les méthodes et techniques de maraîchage sont mises en pratique. La protection de l’environnement par l’utilisation de substances biodégradables est de règle au sein de "Balimaya".
Le financement des activités et la coordination des efforts entre l’administration et les associations, constituent des goulots d’étranglement. Ces difficultés ont été soulevées lors d’échanges au cours desquels le ministre Keïta a préconisé un véritable débat autour de ces initiatives. Il a vivement recommandé aux autorités et associations de conjuguer leurs efforts et de coordonner leurs activités afin d’en faire des moteurs du développement rural. Ensemble, ils peuvent imposer une alternative à l’exploitation sauvage des forêts.
Classée en 1943, elle couvre une superficie de 80 000 hectares et s’étend dans les cercles de Kati, Dioïla, Koulikoro. Rappelons que cette forêt, était, à ses débuts, une réserve de bois pour Bamako et pour la régie des chemins de fer Dakar-Niger. Elle est composée de 75 633 ha de forêt naturelle contre 4 367 ha de plantations.
La Faya subit aujourd’hui trois principaux facteurs de dégradation anthropique : exploitation abusive et incontrôlée du bois, forte pression pastorale sur les formations naturelles, les plantations artificielles et feux de brousse.
Aujourd’hui, les massifs boisés cèdent le terrain à la savane boisée. En 1996, la part de la savane arbustive de la forêt était de 12%. En 2004, cette part a grimpé à 50%. Le chef du PGDF impute en grande part la dégradation actuelle à l’arrêt prolongé des contrats de gestion des domaines d’intervention forestière (DIF). Actuellement, plus de 300 familles sont installées dans la forêt de la "Faya". Les techniciens stigmatisent la démission des ex-propriétaires des domaines, l’envahissement de la forêt par des exploitants venus de divers horizons et le laxisme du contrôle forestier.
Face à cette situation préoccupante, le ministre Nancoman Keïta a insisté sur la cogestion des forêts impliquant l’État, les riverains, et un partenaire privé, en l’occurrence le Bureau d’experts en autogestion et gouvernance de l’environnement au Sahel (BEAGGES). Celui-ci aide les populations à s’organiser autour des forêts, à les exploiter judicieusement et à assurer leur régénération. La restauration du patrimoine forestier est une mission de l’État qui s’y engage fortement, a souligné Nancoman Keïta, en promettant la mise en place de codes de conduite. Ces conventions locales et intercommunautaires prennent en charge la promotion des forêts privées pour l’avenir du pays.
Solutions appropriées et localement intégrées
Des pistes de solutions pour une gestion décentralisée et durables des ressources naturelles ont été évoquées telles que les conventions locales, les initiatives privées et leur partenariat avec les pouvoirs publics.
Convention Locale
L’initiative citoyenne du village de Njikounani a séduit le ministre. La municipalité et les habitants ont élaboré une convention locale de gestion de "Boukarila". Ce texte engage les acteurs à accorder une attention particulière à l’exploitation de la forêt. L’application correcte de l’accord est contrôlée de façon collégiale, dans le respect des règles convenues entre les acteurs. Le ministre a souhaité que cet exemple inspire tous les autres riverains.
Mieux organiser la production
Pour les producteurs/productrices, c’est de s’organiser afin d’élaborer un cycle de production pour éviter la surproduction et s’appuyer sur des pépinières propres.
Forêts privées
Aujourd’hui, les forêts privées se multiplient de plus en plus au Mali. On peut citer celle de Yacouba Cissé à Yélékila dans la commune de Kignan et celle de N’Tie Fomba à Kola dans la commune de Dioïla.
La ferme de Yacouba Cissé couvre 28 hectares. On y retrouve des mangueraies, des orangeraies, des anacardiers et beaucoup d’autres espèces fruitières. Il faut y ajouter des parcelles d’eucalyptus, des rôniers. Cette forêt est composée aussi d’une forêt naturelle abritant des animaux sauvages.
Chez N’Tia Fomba, la délégation ministérielle a visité une plantation de 5 hectares et demi avec 5300 pieds d’arbre. Selon lui, "dans cinq ans la coupe de l’arbre sera interdite". A souligner que les deux fermiers partagent les mêmes difficultés. Il s’agit, entre autres, du problème d’eau, de l’absence d’un marché de pépinières et de bois. Le ministre Kéïta a proposé aux fermiers de s’investir pour créer une association de promoteurs de forêts qui travaillera en collaboration avec l’Etat.
Sources : Abdoul Karim KONE, L’INDEPENDANT du 13-01-06 et C. A. DIA l’ESSOR n°15620 du 13-01-06.
La Toile : Partenariat "Initiatives Mali" Réseau Réussir la Décentralisation/Axe Formation
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